NOTES DE LECTURE

L’Europe des 27 et ses langues

Herreras, José Carlos (dir), (2012), L’Europe des 27 et ses langues, Presses universitaires de Valenciennes, Valenciennes, 741 pages.

La question linguistique dans une Europe des nations est une vieille histoire qui se prolonge dans l’Union européenne des 27. Elle est posée dans cet ouvrage alors qu’à des fractures anciennes ressurgies après le démantèlement de l’Empire soviétique s’ajoutent celles de tensions générées par une crise devenue permanente qui favorise l’eurosepticisme, voire l’europhobie dans l’émergence symbolique desquels l’identité et ses constituants culturels et linguistiques jouent inévitablement un rôle. Modèles politiques républicain, fédéraliste, régionaliste, monarcho-parlementaire, souverainiste; modèles économiques ultralibéral, libéral social, social-démocrate, de rupture écologique, de rupture alternative ou de rupture nationaliste; il semble que les nations constituant l’Europe et les peuples constituant les nations européennes ne trouvent plus vraiment de solution face aux bouleversements que la mondialisation accélérée a produits. Les cultures et les langues, les modalités de leur expression dans un double espace de mobilités spatiales et virtuelles, leur appropriation et leur enseignement entre le temps scolaire et toute la vie, leur vitalité ou leur restriction dans l’échange économique, scientifique, juridique, administratif témoignent de ces fractures qu’il est particulièrement intéressant d’observer par ce biais, le plus immédiat, celui de la parole.

L’Europe des 27 et ses langues n’est pas un atlas linguistique, mais une somme d’analyses de politique linguistique produites à partir de points de vue extrêmement variés (60 auteurs contributeurs) à l’occasion de travaux de recherche autour du séminaire de Master 2 — Recherche « Politiques linguistiques en Europe », dirigé comme l’ouvrage par José Carlos Herreras (Université Paris Diderot — Paris 7) et d’un colloque qui, sous le même intitulé, a réuni du 3 au 5 décembre 2009 des chercheurs, invités par le Centre de Linguistique Inter-langues, de Lexicologie, de Linguistique Anglaise et de Corpus-Atelier de Recherche sur la Parole (CLILLAC-ARP).

À chaque élargissement, l’intégration de nouveaux pays a impliqué l’augmentation du nombre de langues officielles de l’Union européenne, passant de 4 langues au départ (l’allemand, le français, l’italien et le néerlandais) à 23 langues aujourd’hui, dont plus de la moitié sont devenues officielles depuis 2004. Ce processus, qui est un pari sur la diversité, s’est plutôt imposé de lui-même par défaut de rapport de force clair et complet et par crainte que le choix d’une langue unique provoque des dissensions et des ruptures.

4Pour le moment, l’Union européenne, en décidant de garder 23 langues officielles, a donc fait un pari de la complémentarité des langues, ce qui est un défi en termes de coûts et d’efficacité immédiate dans une période de tensions budgétaires.

5Organisé en cinq parties, l’ouvrage commence par les trois textes de conférence plénière du colloque : Henriette Walter met en avant la puissance dynamique latine tant du point de vue de son impact diachronique qu’en ce qui concerne la  néologie de domaines techniques depuis le XXe siècle; Philippe Blanchet interroge le rapport « minoritaire »/« majoritaire » à propos de politiques linguistiques qui devraient assumer que le principe d’action glottopolitique porte de fait sur des élaborations de la pluralité linguistique (ce qui remet en question qu’il puisse exister des politiques linguistiques isolées du français, de l’allemand, du breton, du créole…); Claude Truchot introduit la notion de contextualisation dans les politiques linguistiques plurielles, répondant à des problèmes sociaux concrets variables et spécifiques (ce qui permet de proposer des solutions originales et audacieuses à la condition d’intégrer la complexité).

6La deuxième partie aborde le motif central en traitant de l’Europe et ses langues d’un point de vue descriptif (état des lieux) et analytique (problèmes posés) : la communication scientifique et l’enseignement supérieur; l’enseignement des langues et des cultures; les langues minoritaires; les langues officielles; les revendications linguistiques; l’anglais; le droit. La troisième partie aborde la situation des pays plurilingues et leurs politiques linguistiques vis-à-vis de leurs langues régionales ou nationales. La quatrième partie groupe les articles qui s’interrogent sur le fonctionnement des activités de traduction et d’interprétation dans l’Union européenne entre langues officielles, langues de travail et langues d’usage qui influent sur le statut des langues et du rôle que certaines peuvent exercer sur d’autres en termes de corpus jusque dans la signification des concepts. La cinquième partie peut être comprise comme l’application d’une loupe (un peu à la manière de l’artefact d’observation sociolinguistique pour l’intervention politique proposé par R. Chaudenson, 2008, « Observer ou agir ? Des réponses différentes », Séminaire international sur la méthodologie d’observation de la langue française dans le monde, OIF/AUF http://www.francophonie.org/IMG/pdf/obs_seminaire_langue_francaise_synthese.pdf). Il s’agit de donner la parole en table ronde à Jean-Michel Benayoun, José Carlos Herreras, Guy Jucquois, Christian Tremblay, Claude Truchot et Henriette Walter sur les variations de la présence du français dans les institutions de l’Union européenne, qui montrent qu’un glissement progressif vers un anglais langue unique de l’administration se développe à travers un certain nombre de pratiques qui sont le produit d’une organisation construite sur une représentation de l’efficacité qui se trouve en contradiction avec ce que l’Union européenne conseille aux États en matière de diversité linguistique.

7Un gros ouvrage dense et riche en descriptions synthétiques de situations très variables et parfois étonnantes, parsemé de réflexions stimulantes. Un condensé de travaux, bourré de références variées très utiles au chercheur et qui montrent de manière capillaire par leur localisation l’importance de la production des études sur ces questions dans les différents pays.

Patrick Chardenet, L’Europe des 27 et ses langues
Le français à l’université , 20-02 | 2015
Mise en ligne le: 03 juin 2015 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=2043)

Les Français au Brésil : XIXe — XXe siècles

Vidal, Laurent et Tania Regina de Luca (dir.), (2011), Les Français au Brésil : XIXe — XXe siècles, Les Indes savantes, Paris, 500 pages (version française de Franceses no Brasil [Séculos XIX – XX], Editora Unesp, São Paulo, 2009).

Aujourd’hui, plus de deux millions de Français résident à l’étranger. Parmi eux, ceux qui sont nés en France n’ont jamais été aussi nombreux. La construction européenne, l’ouverture des marchés du travail avec la mondialisation, les programmes de stages professionnels et d’échanges universitaires sont les facteurs les plus déterminants de cette dynamique. Il y aurait aujourd’hui environ 30 000 Français au Brésil. Mais il n’en a pas toujours été ainsi en comparaison avec d’autres communautés nationales. L’immigration française au Brésil commence avec la création de la France antarctique, éphémère colonie qui occupa la baie de Rio de Janeiro de 1555 à 1560, mais c’est surtout à partir du XIXe siècle qu’elle prend de l’importance. De 1850 à 1965, un lent mouvement continu agrège environ 100 000 Français qui s’installent au Brésil (deuxième destination en nombre d’immigrants français en Amérique du Sud après l’Argentine), ce qui reste faible par rapport aux vagues d’immigration venant des voisins européens (italiens, portugais, espagnols, allemands) et dans l’ensemble des communautés nationales immigrées.

2La différence se traduit aussi en particularités tout au long du processus migratoire qui va de la décision à l’intégration en passant par l’installation. L’ouvrage collectif en cinq parties, sous la direction de Laurent Vidal et Tania Regina de Luca, compile des études sur la présence des immigrants français au Brésil qui associent à l’histoire démographique et aux contextes économiques du développement les facteurs psychologiques et les mythes que la littérature a largement exploités. Comme celui que l’immigration française a été fortement qualifiée, conduisant à des emplois dans l’enseignement, la mode ou la cuisine. Il propose une approche de la présence française au Brésil à partir d’une analyse de ce processus, entre les motivations de départ, les caractéristiques de l’installation et de l’intégration dans une sorte d’« invisibilité » communautaire des Français. Les travaux procèdent ainsi à une révision des déclencheurs de l’émigration française et de sa présence au Brésil, dans un creuset où les nombreuses autres nationalités immigrées s’avèrent plus visibles, dans une société brésilienne à fort plurimétissage. Sont questionnés la décision d’émigrer, le choix du Brésil et l’importance des facteurs économiques, politiques et sociaux associés. Les catégories de la société française qui ont été plus particulièrement concernées par cette émigration. Le poids de l’émigration spontanée versus celui de l’émigration par contrat. Pour répondre, les auteurs examinent l’action des réseaux familiaux, des intermédiaires agents recruteurs et le fruit de l’imaginaire qui ont contribué à façonner un « désir de Brésil ».

3Une fois établis, les immigrants français ont privilégié certains secteurs d’activité tout en restant relativement variés dans leur choix, par rapport à la concentration économique d’autres nationalités immigrées. Leur distribution initiale (aussi bien dans les États de São Paulo et de Rio de Janeiro que dans ceux du Ceará et d’Amazonie) et leur mobilité sur un territoire brésilien immense (quinze fois celui de la France) présentent également des particularités dynamiques au regard des sédentarités d’origine, et beaucoup n’hésitèrent pas à alterner des expériences urbaines et des expériences rurales dans un contexte où, entre 1940 et 1980, se produit une véritable inversion de la localisation de la population brésilienne (le taux d’urbanisation était de 26,35 % en 1940 et de 68,86 % en 1980).

4À la suite de la publication de cet ouvrage conçu dans le cadre de l’Année de la France au Brésil (2009), Laurent Vidal, chercheur en histoire du Brésil et des Amériques au Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique (Université de La Rochelle), continue d’observer les implications identitaires des situations d’attente éprouvées par les migrants en constituant un corpus de lettres envoyées par des immigrants à leurs familles restées en France.

Patrick Chardenet, Les Français au Brésil : XIXe — XXe siècles
Le français à l’université , 20-01 | 2015
Mise en ligne le: 25 mai 2015 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=1980)

Apologie de la polémique

Amossy, Ruth, (2014), Apologie de la polémique, coll. « L’interrogation philosophique », Presses universitaires de France, Paris, 240 pages.

Ruth Amossy, professeure émérite à l’université de Tel-Aviv, directrice de l’équipe de recherche ADARR (Analyse du discours, argumentation, rhétorique) et éditrice en chef de la revue en ligne Argumentation et analyse du discours, apporte avec cet ouvrage une contribution essentielle à la compréhension du débat public, fondement du fonctionnement de la démocratie.

2Contrairement aux idées reçues sur la recherche du consensus par une construction dialogique apaisée, il apparaît qu’une gestion du conflit fondée sur le dissensus contribue activement à la construction d’un espace public capable d’absorber les « flammes » de la violence. La polémique constituée en genre ne serait pas un échec de la communication qu’il faudrait regretter, voire éviter (le sujet qui fâche), mais une modalité argumentative de plein droit dans une démocratie pluraliste fondée sur la différence et ses expressions conflictuelles. La polémique est marquée par l’opposition irréductible, la division en groupes antagonistes et le discrédit de l’autre.

3Dans un premier temps, au lieu de rassembler sur un dénominateur commun, la polémique exacerbe les différends et rend nécessaire un mode de gestion du conflit. Ce dissensus serait ainsi facteur lien social, renforçant les identités, portant les protestations et incitant à l’action.

4Après une définition théorique opératoire de la polémique comme modalité argumentative (chapitre 2) caractérisée par la dichotomisation, la polarisation, la disqualification et identifiée dans le contexte de la gestion du désaccord en démocratie (chapitre 1), l’auteure procède à une microanalyse attentive à la matérialité du langage (chapitre 3) pour montrer comment fonctionne linguistiquement cette modalité. Le corpus est ici constitué par des discours et échanges (articles, déclarations, forums de discussion) autour du thème du « port de la burqa en France », puis d’autres autour de celui de « l’exclusion des femmes en Israël » (chapitre 4) et du débat sur les bonus et les stock-options qui a secoué la société française en 2009 (chapitre 5). 
Les outils de l’analyse empruntent à la linguistique de l’énonciation, à l’analyse du discours et aux théories de l’argumentation.

5La polémique qui se construit dans la circulation des discours permet une coexistence dans le dissensus, indispensable dans la démocratie pluraliste où le conflit est la règle et l’accord, l’exception, voire l’illusion. Du traitement de données relevées dans la communication médiatisée par ordinateur (sur les forums de discussion), Ruth Amossy montre comment, très loin de l’attaque politique classique, assumée par un acteur social à visage découvert, sous l’anonymat du pseudonyme peuvent s’exercer une violence verbale et des atteintes à la face de l’autre sans sanction (chapitre 6). Elle emprunte alors aux sciences sociales qui analysent les flames (flammes) et le flaming (flambées de violence) sur la Toile et relève que cette violence « n’évacue pas ipso facto l’argumentation », mais peut contribuer à créer une communauté virtuelle de protestation. Il y aurait alors à distinguer entre la polémique et les mobilisations sociales, modes de protestation parfois partagés.

6L’auteure voit dans la polémique « un moyen de coexistence qui assure un vivre-ensemble » en faisant dialoguer des factions qui n’ont parfois aucun contact entre elles, justifiant ainsi son apologie, « non qu’il faille s’illusionner sur ses pouvoirs ou sa moralité, ou en faire un éloge inconditionnel ».

7Ce livre rédigé par une spécialiste de l’approche discursive de l’argumentation (son ouvrage L’argumentation dans le discours, Armand Colin, publié en 2000, a été réédité en 2010) éclaire un domaine social contemporain que les technologies de l’information et de la communication ont radicalement bouleversé. La démarche serait intéressante à poursuivre dans les discours spécialisés comme ceux de la diffusion scientifique. Au-delà des théories de la réfutabilité (Karl Popper) et du vérificationnisme de la signification (Ludwig Wittgenstein) qui intéressent l’épistémologie, la circulation ouverte des savoirs sur les médias sociaux scientifiques interroge-t-elle également la construction d’un consensus/dissensus ?

Patrick Chardenet, Apologie de la polémique
Le français à l’université , 20-01 | 2015
Mise en ligne le: 17 mars 2015 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=1972)

La mesure et le grain. Sémantique de corpus

Rastier, François, (2011), La mesure et le grain. Sémantique de corpus, coll. « Lettres numériques », Éditions Honoré Champion, Paris, 280 pages.

Les problématiques méthodologiques ont toujours constitué de points de divergence/convergence dans les débats épistémologiques. Elles touchent en général autant à la nature et à la saisie du corpus qu’au choix des outils de traitement des données ou à la posture du chercheur face à son objet (implication vs objectivation). La « mesure » et le « grain » annoncent un questionnement entre deux traditions, celle du traitement quantitatif des corpus (la mesure) et celle de leur traitement qualitatif (le grain). La première étant souvent considérée comme d’origine anglo-saxonne et la seconde plutôt d’origine francophone, tout en sachant ce que cette dichotomie peut avoir de caricatural dans un monde où la production, la diffusion et l’enseignement des savoirs s’internationalisent fortement depuis une trentaine d’années. C’est peut-être ce contexte favorable qui favorise de tels déclenchements de mises au point et de tentatives d’intégration de ces approches longtemps considérées comme opposées et mal compatibles. C’est en tout cas l’ambition d’un projet de reconfiguration épistémologique des Lettres et Sciences humaines et sociales autour de ce que François Rastier nomme les « sciences de la culture »1.

Étant passé de la traditionnelle sémantique du mot à celle élargie du texte, François Rastier a été confronté à la fois à la dimension des grands corpus avec leur saisie numérique et à l’amplitude des arts et sciences d’un texte qui convoque de nombreuses disciplines pour la description, l’analyse et l’interprétation. Dans cet ouvrage, il associe la sémantique, l’herméneutique et la linguistique de corpus dans ses deux approches, quantitative et qualitative, pour mettre en avant une science sémantique des textes à la fois historique et comparée et une méthode qui articule les notions de document (philologie), de texte (linguistique) et d’œuvre (herméneutique). Renversant la posture saussurienne de centration sur le signe comme unité constitutive, il donne la priorité au texte dont dépendent la phrase et le mot, et au discours, dont dépend le texte en tant qu’unité compréhensive. Pour rendre compte de ces relations, il s’appuie sur des relevés formels en nombre dans l’amplitude des corpus textuels. Alors, l’objectif de la linguistique de grands corpus devient celui de faire émerger par une nouvelle textométrie de nouveaux observables linguistiques, inaccessibles autrement. Le grain, c’est l’interrogation sur la qualité ou la pertinence des données textuelles (nécessairement multi-variées, multi-niveaux, pour une approche compréhensive), au-delà des unités immédiatement visibles (le mot, la phrase). La mesure, c’est le déchiffrement du texte qui montre le fonctionnement de son propre système. Mais « bien entendu la qualité l’emporte sur la quantité, et le “grain” sur la mesure » (p. 52), ce qui s’explique par le fait que « les meilleurs algorithmes ne peuvent apporter quelque secours que si l’on a défini les données initiales de manière critique » (ibid.), et qui est annoncé d’emblée par une épigraphe tirée d’un poème persan du XIIIe siècle : « L’homme intelligent prend le grain du sens, il ne s’arrête pas à la mesure. » (p. 9) Du texte au mot, des textes aux mots, les signes dépendent des intentions de ceux qui les encodent, des conventions partagées entre l’émetteur et le récepteur, et des interprétations que la réception leur fait subir, dans une conception non antinomique de la dualité entre langue et parole (p. 36).

En 3 parties à la suite d’un avant-propos et d’une introduction, 9 chapitres et 272 pages, cet ouvrage est à la fois très ambitieux sur le plan épistémologique et très technique dans la recherche des instruments qui convergent vers le projet : construire une linguistique, science de la culture. François Rastier nous plonge alors dans la matérialité linguistique de deux façons complémentaires : en produisant des notions opératoires (par exemple, un modèle des données textuelles, p. 53 et l’hétérarchie des composantes textuelles, p. 59) ; et en revisitant d’autres (comme la notion même de modèle, conçu comme schème substrat de l’élaboration conceptuelle en mouvement vs la théorie des modèles pour laquelle le modèle est une structure qui permet d’interpréter tous les éléments du langage sur la base d’un ensemble d’axiomes vrais, p. 65, ou comme le problème de la pertinence, chapitre 8).

Une référence aux glossaires de sémantique interprétative sur le site de la revue Texto (p. 250) apporte une touche pédagogique pour faciliter l’accès par des étudiants et des chercheurs en marge de ce domaine (http://www.revue-texto.net/1996-2007/Reperes/Reperes.html) et l’on trouvera également de bonnes introductions à ce travail, dans deux autres notes de lecture :

Damon Mayaffre, « François Rastier ― La mesure et le grain. Sémantique de corpus. Paris : Champion, Collection Lettres numériques, 2011, 280 pages, Corpus [En ligne], 10 | 2011, mis en ligne le 08 juin 2012, consulté le 24 décembre 2014. URL : http://corpus.revues.org/2146

Geneviève Henrot Sostero, (2014), « François Rastier, La mesure et le grain. Sémantique de corpus, Carnets de lecture n. 18, 19, 0, » [En ligne], consulté le 24 novembre, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?lectures=80fa2ac889823c2ac3556dc1cf386662&art_id=253

1 Cf. François Rastier (2006), « Sémiotique et sciences de la culture. Une introduction ». [En ligne] http://www.revue-texto.net/1996-2007/Reperes/Reperes.html

Patrick Chardenet, La mesure et le grain. Sémantique de corpus
Le français à l’université , 19-04 | 2014
Mise en ligne le: 15 décembre 2014 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=1918)

Ciências da linguagem e didática das línguas

Braun Dahlet, Véronique (coord.), (2011), Ciências da linguagem e didática das línguas, Humanitas / FAPESP, São Paulo, 394 pages.

Une fois n’est pas coutume : cette note concerne un ouvrage déjà ancien (au sens où l’entendent les libraires de grandes surfaces pour lesquels un ouvrage d’intérêt se vend dans les quatre semaines suivant sa sortie), mais dont l’esprit reste à l’ordre des jours du temps de développement de la connaissance. Vivre et travailler entre les langues est devenu le quotidien de nombre d’enseignants de langue étrangère, de chercheurs en sciences du langage, et plus particulièrement dans ce que l’on appelle la didactique des langues dans l’espace linguistique universitaire francophone, et qui porte le nom de lingüística aplicada au Brésil et plus largement en Amérique latine, recouvrant plus ou moins les mêmes terrains, les mêmes approches pour une partie. C’est que la lingüística aplicada au Brésil, inspirée très tôt par les débats autour de l’émergence de la didactique des langues en Europe, s’est également développée dans son propre (méta)langage, constituant son épistémologie autonome autour de ses propres objets.

Cet ouvrage, dans une édition de très grande qualité, est le résultat des travaux d’un colloque qui a réuni en octobre 2009, à l’Université de São Paulo, des chercheurs brésiliens et francophones, sous l’intitulé « Sciences du langage et didactique des langues : 30 ans de coopération franco-brésilienne ». En 2 langues, 6 chapitres, 22 chercheuses et chercheurs relatent cette histoire de la recherche sur l’enseignement/apprentissage des langues, entre 2 langues (le français et le portugais), entre ses discours (ceux de la recherche, ceux de la formation des formateurs, ceux des enseignants). L’analyse du discours y tient une place particulière, et comme elle contribua à fonder une partie de la didactique des langues (et des didacticiens), elle ouvre d’abord le volume par un article d’Eni Orlandi sur la connaissance et les relations entre les différentes traditions intellectuelle et linguistique, puis la première partie (« Appropriation des discours »), qui rassemble trois chapitres (« Analyse de discours sociaux »; « Discours et socialisation »; « Le sens : énonciation, dénomination, argumentation »). La deuxième partie est formée par les trois autres chapitres (« Retour à la discipline »; « Grammaire et enseignement/apprentissage : comment et pourquoi ? »; « Langues de spécialisation : traces et finalités »). L’ouvrage est présenté par Véronique Braun Dahlet et conclu par un article de Patrick Dahlet : « Science du langage et didactique des langues : inconsistances et rapprochements ». Avec les autres contributeurs, c’est toute une génération de chercheurs brésiliens et français qui témoignent, interrogent, apostrophent, s’émeuvent, s’interrogent sur des thèmes cruciaux : ceux relatifs au discours (José Luiz Fiorin, Ida Lucia Machado, Beth Brait, Diana Luz Pessoa de Barros, Maria Cecília Perez de Souza-e-Silva, Daniel Faïta, Pierre Dumont, Alain Rabatel, Sophie Moirand, Christian Plantin); ceux relatifs à l’émergence de la didactique, la place qu’y tient (que devrait ou ne devrait pas y tenir) la grammaire (Christian Puren, José Carlos da Cunha, Myriam Cretian Cunha, Dario Pagel, Maria Helena de Moura Neves, Véronique Braun Dahlet, Sírio Possenti, Rémy Porquier), et ce qui est devenu cet objet à la fois instrumental de l’enseignement des langues et un marqueur de corpus de discours, la langue de spécialité (Sophie Moirand, Cristina Casadei Pietraróia, Estela Klett). On trouvera dans les bibliographies en fin de chaque article les absents du colloque dont les travaux et les liens entre les deux pays et les deux langues ont aussi participé de cette histoire. On ne peut que souhaiter que l’accès à ce volume soit rendu possible aux étudiants de sciences du langage et de sciences de l’éducation qui projettent de travailler sur l’enseignement/apprentissage des langues, dans l’espace lusophone et dans l’espace francophone.

Patrick Chardenet, Ciências da linguagem e didática das línguas
Le français à l’université , 18-04 | 2013
Mise en ligne le: 19 décembre 2013 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=1688)

Dis-moi qui te cite, et je saurai ce que tu vaux

Pansu, Pascal, Nicole Dubois et Jean-Léon Beauvois, (2013), Dis-moi qui te cite, et je saurai ce que tu vaux, coll. « Points de vue et débats scientifiques », Presses universitaires de Grenoble, Grenoble, 127 pages.

La bibliométrie d’impact est au cœur de ce petit ouvrage (127 pages), extrêmement bien articulé autour de cinq chapitres qui font le tour de la question en apportant des connaissances précises sur les lois scientométriques (loi de Lotka et loi de Bradford) qui donnent cette apparence de précision dans la représentation quantitative de la valeur des chercheurs et des revues. Après une introduction très claire malgré la complexité technique, les auteurs présentent les résultats d’une enquête sur les pratiques de publication des chercheurs en France, qui met en évidence à la fois leur variété et les différences de prise en compte des indicateurs bibliométriques dans les stratégies de publication selon les disciplines. Le quatrième chapitre rappelle cinq principes majeurs qui devraient s’appliquer à une évaluation acceptable : une mesure d’impact ne doit pas influencer par rétroaction sur les choix de recherche des chercheurs ; une mesure d’impact ne doit pas agir comme obstacle à la publication d’articles pertinents (et l’on pense ici à la publication de résultats négatifs) ; une mesure d’impact doit permettre à des revues de qualité scientifique comparable d’avoir les mêmes chances d’être indexées dans la base de données utilisée ; une mesure d’impact doit permettre à des articles de même pertinence théorique et méthodologique, publiés dans des revues indexées, d’avoir les mêmes chances d’être lus, quelle que soit la revue dans laquelle ils paraissent ; une mesure d’impact ne doit refléter que le potentiel d’influence scientifique ou les qualités scientifiques d’un article. Or, les auteurs montrent comment, de pratiques des chercheurs à des stratégies de publication, une logique de régulation sociale proche d’un modèle de marché structure la diffusion des savoirs qui finit par peser sur l’activité de recherche en tant que production de connaissances scientifiques. Ce chapitre se termine sur une ouverture à partir d’un point de vue culturellement décalé (une position géopolitique empruntée au courant des psychologies indigènes) qui dénonce la construction et la propagation de l’imaginaire bibliométrique d’impact comme source unique de référence acceptable. La référence ethnocentrée devient modèle et le modèle sert de référentiel d’évaluation ; l’exemple de formatage par l’anglicisation imposée des revues anglo-saxonnes dominant le marché illustre le risque d’enfermement de la science (cf. les pratiques de certaines revues qui déconseillent les références non anglophones). Il ne s’agit pas d’une entreprise d’internationalisation des connaissances, mais d’étendre un modèle jugé excellent par un groupe d’éditeurs et de chercheurs. À travers l’exemple de la recherche en psychologie dans le monde, les auteurs proposent une alternative en distinguant la recherche dans une nation particulière et la recherche internationale dans toutes les nations en retenant trois critères : le critère de réputation (en considérant les nations où se pratique une recherche visible dans la discipline considérée, avec constitution d’une commission nationale d’experts) ; un critère de recherche internationale où sont retenues les trente meilleures nations de la recherche scientifique toutes disciplines confondues ; le critère de recherche dans la spécialité (les nations classées parmi les trente meilleures pour la discipline). Concernant les revues, ils proposent cinq critères pour figurer dans une base de données internationale : l’évaluation des soumissions par les pairs ; l’existence d’un comité éditorial national ; l’existence d’un comité de lecture international ; les articles doivent être assortis de courts résumés dans la langue locale et de résumés plus longs en anglais (2 500 mots) ; la présence de mots-clés dans la langue locale et en anglais ; la présence d’une liste de références bibliographiques soumise à aucune obligation ou interdit.

Un livre à mettre en valeur dans les centres de recherche, à conseiller dans les écoles doctorales, au moins pour permettre que ne soient pas esquivés le débat et un positionnement professionnel conscient.

Au-delà de la question bibliométrique, c’est aussi un questionnement plus épistémologique sur la qualité de l’infométrie comme mode de production de données pour la recherche qui est soulevé. Aucune démarche comptable n’est exempte de manipulations potentielles. Opposer le nombre (considéré comme objectif) au discours (inévitablement subjectif), relève d’une part d’un figement de la démarche scientifique, alors que de nombreux progrès ont pu être faits en analyse de données qualitatives complexes (en particulier grâce au traitement automatique du langage, à l’analyse du discours, à l’analyse conversationnelle). Ensuite, d’une absence de prise en compte du fait que les données comptables sont produites à partir de projets de recherche, de protocoles d’enquêtes, de questionnaires qui sont générés par des discours qui induisent les résultats comptables. Le nombre n’est jamais pure représentation des savoirs.

Patrick Chardenet, Dis-moi qui te cite, et je saurai ce que tu vaux
Le français à l’université , 18-03 | 2013
Mise en ligne le: 24 septembre 2013 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=1622)

Se repérer dans les modèles d´évaluation. Méthodes, dispositifs, outils

Vial, Michel, (2012), Se repérer dans les modèles de l’évaluation. Méthodes, dispositifs, outils, coll. « Pédagogies en développement », De Boeck, Bruxelles, 448 pages.

On devait déjà à Michel Vial l’excellent ouvrage herméneutique, paru en 1997, sur les textes fondateurs de modèles de l’évaluation (Les modèles de l’évaluation : textes fondateurs et commentaires, De Boeck, Bruxelles). L’auteur poursuit ici son travail de mise au jour de modèles de cette pratique sociale sur d’autres pratiques qui, loin de se réduire au scolaire, représente aujourd’hui un instrument de gouvernance (vs gestion) de communautés de ressources humaines, c’est-à-dire de relations humaines centrées sur des tâches.

La modélisation est ainsi envisagée comme « un processus du sujet, une dimension du sujet comme processus », plaçant l’individu au centre de choix (les principes du modèle) sur lesquels sont fondés les dispositifs qui génèrent ou qui sollicitent des outils. La modélisation est une opération (dirait-on en analyse du discours) du processus de référenciation qui fait que l’évaluateur est « agi » par ses références (tissu complexe de points de vue, d’arguments d’auteurs, de cadres théoriques, de pratiques observées, voire vécues en tant qu’évaluateur ou évaluataire…). Vial montre ainsi que l’évaluation est aussi (surtout ?) une histoire de discours, intimement liée aux modalités de caractérisation opérées entre langage et pensée.

L’approche est ici épistémologique dans le sens où elle présente trois grands modèles qui s’inscrivent dans des périodes d’influence paradigmatique fondées sur des évidences construites (la mesure, la gestion, la compréhension), centrés sur des objets d’évaluation (mesure des effets, des impacts, comparaison de bilans ; gestion de programmes ; compréhension des processus complexes, dynamiques et dialogiques). « Évaluer, c’est mesurer » a fait l’objet d’un consensus jusqu’aux années 1930 ; « évaluer, c’est gérer » a fait l’objet d’un consensus jusqu’aux années 1990, les deux modèles ont favorisé l’émergence de dispositifs et d’outils largement répandus, qui peuvent autant s’additionner en complémentarité multiréférentielle que se contredire (dispositif systémique et multiplication des outils critériels). L’évaluation des processus « située pour l’intelligibilité de ce que l’on fait », dans un double rapport de continuité et de rupture avec les précédents, constituera-t-elle un nouveau paradigme ? C’est en tout cas le sens de l’appel à articuler les paradigmes, dans un autre ouvrage récemment recensé ici même1, qui rappelle (p. 279), que Vial2 souligne qu’« il n’est pas question de déposséder l’évaluateur de cette décision : un évaluateur, c’est celui qui sait décider de ce qui est bon ou pas — qui en prend le risque », notamment celui de faire travailler la contradiction, d’assumer les différentes logiques (Vial, 2001 : 75).

L’ouvrage est dense, mais son accès est facilité par une présentation explicative de la structure, dans laquelle les récurrences de parties dans chaque chapitre (caractérisation du modèle ; concepts-clés et notions ; implications théoriques de l’adhésion au modèle ; dispositif type du modèle ; outil exemplaire du modèle) agissent comme des repères. Ce n’est pas un manuel technique dans la mesure où il ne prescrit pas ce que seraient de bonnes pratiques, mais bien un guide de positionnement de l’évaluateur, qui encourage également à la réflexion.

1 Huver, Emmanuelle et Claude Springer, (2011), L’évaluation en langues, coll. « Langues & didactique », Didier, Paris, 351 pages.

2 2001, Se former pour évaluer, se donner une problématique et élaborer des concepts, De Boeck, Bruxelles, p. 14.

Patrick Chardenet, Se repérer dans les modèles d´évaluation. Méthodes, dispositifs, outils
Le français à l’université , 17-04 | 2012
Mise en ligne le: 13 février 2013 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=1389)

Enseignement des langues et construction européenne

Maurer, Bruno, (2011), Enseignement des langues et construction européenne, Éditions des archives contemporaines, Paris, 163 pages.

L’Europe du libre-échange est à la fois un espace de communication culturelle et linguistique, de mobilité choisie ou contrainte et de commerce interne et externe. Défendre le plurilinguisme, c’est affirmer un sens à l’Europe, mais selon quel paradigme construit à partir duquel de ces facteurs déterminants ? En trois chapitres qui illustrent parfaitement le plan classique thèse, antithèse, synthèse, Bruno Maurer détisse avec exemples des fils d’un processus d’institutionnalisation de l’éducation plurilingue et pluriculturelle en cours, avec conviction : le développement de la notion d’éducation plurilingue et interculturelle ; la production et la diffusion idéologique ; le rôle de l’idéologie dans la construction européenne.

Ce faisant, il attire notre attention sur les risques de cette montée en puissance idéologique dans un cadre libéral dominant : floutage de compétences clairement définies dans l’apprentissage des langues ; réduction du rôle de l’école dans le développement des compétences en langues ; minoration des langues dans la formation des enseignants.

La définition du plurilinguisme par le Conseil de l’Europe qui a fait émerger le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) est l’aptitude de l’individu à puiser dans un répertoire de connaissances et de compétences variables dans plusieurs langues pour faire face aux situations de communication les plus variées. S’opposant à la conception d’un apprentissage et d’un enseignement des langues juxtaposés en silos qui vise un équilinguisme idéal de haut niveau, la notion de plurilinguisme est certainement un point d’ancrage critique de l’enseignement des langues langue par langue, qui aurait pu aboutir à disqualifier radicalement les dispositifs scolaires et finir par ne plus enseigner les langues. Ce qui n’est pas tout à fait le cas. Le paradoxe réel que relève l’auteur entre la force du discours sur le plurilinguisme et la faiblesse de l’enseignement des langues est-il une conséquence des orientations et des choix d’une Europe libérale, ou bien, sans nier cette responsabilité idéologique qui s’exprime comme l’ouvrage le montre en matière de choix structurels, d’affectation de moyens, de décisions politiques, celle d’un manque de maturité et d’isolement ? La critique arrive à point pour stimuler un débat quelque peu absent, masqué par l’avancée réelle d’une sortie de l’enseignement des langues d’un confinement pédagogique restreint jusqu’à l’irruption d’Un Niveau Seuil (1975), puis du CECR (2001), un unanimisme transitoire logique dû à la formation d’une génération d’étudiants européens sous le sceau du « cadre », prompts à valoriser son application adaptée partout dans le monde en oubliant que la valeur essentielle du cadre est dans son modèle d’outil construit selon un processus, et non dans la traduction en telle ou telle langue de ses contenus plus ou moins adaptés.

Ce modèle est-il le produit d’une mécanique idéologique qui tend in fine à noyer le grain de la méthode dans un océan d’intentions sans aboutissement ? Peut-être faisons-nous cette histoire sans savoir que nous la faisons, dans la défense du plurilinguisme comme dans la critique idéologique de son idéologie.

5Vu de l’intérieur de l’Europe, on comprend que les politiques linguistiques éducatives soient soumises aux critiques comme le sont les orientations européennes en matière de santé, de protection sociale ou d’emploi. De l’extérieur, on comprend mal comment l’éducation plurilingue et pluriculturelle européenne se construit sans vraiment dialoguer avec le reste du monde, et en particulier avec les voisins de l’Union Européenne d’où proviennent de nombreux nouveaux citoyens européens. « Le Cadre a fait le tour du monde mais le monde a-t-il fait le tour du Cadre ? », s’interrogeait Daniel Coste en 2011 à Expolangues1. Il est parfois surprenant d’entendre dire dans les Amériques ou en Asie que cette problématique et son traitement sont purement un fait européen qui a peu de choses à voir avec les contextes dans ces régions, comme il est étonnant de voir comment, jusqu’à ces dernières années, le discours exporté hors d’Europe, par des experts européens, restait faiblement critique. Le temps est venu d’une mise à jour qui n’exclut ni les questionnements idéologiques, ni les bilans, ni les retours sur les fondements.

1 Daniel Coste, « En 10 ans le Cadre a fait le tour du monde mais le monde a-t-il fait le tour du Cadre ? », conférence enregistrée au salon Expolangues 2011 le 2 février 2011 à Paris pour les 10 ans du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR). En ligne : http://www.youtube.com/watch?v=F_4SrPjauS8 (consulté le 24 février 2012).

Patrick Chardenet, Enseignement des langues et construction européenne
Le français à l’université , 17-01 | 2012
Mise en ligne le: 13 mars 2012
(http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=1026)

 

L’analyse du discours dans la société. Engagement du chercheur et demande sociale

Pugnière-Saavedra, Frédéric, Frédérique Sitri et Marie Veniard (dir.), (2012), L’analyse du discours dans la société. Engagement du chercheur et demande sociale, Honoré Champion, Paris, 489 pages.

Dans cet ouvrage, Frédéric Pugnière-Saavedra, Frédérique Sitri et Marie Veinard abordent la question des relations entre l’analyse du discours et la demande sociale. Aujourd’hui, on voit apparaître des chercheurs qui répondent à un appel d’offres publique et d’autres qui s’interrogent sur les retombées et l’utilité d’une recherche. « L’implication du chercheur est une forme d’interprétation de sa propre histoire » et l’activité de recherche s’inscrit dans une division sociale du travail autant que dans une logique finale d’application en matière de production de biens, de services, de savoirs. Disons que ces savoirs, pour être opérationnels, sont à la fois de nature opératoire (les résultats, notions et concepts permettent d’accéder à des savoirs existants et d’en construire d’autres, agissant ainsi sur les objets immatériels du monde) et opérative (les résultats, notions et concepts permettent d’agir sur les objets matériels du monde). Comme la sociolinguistique et l’ethnographie de la communication, l’analyse du discours entretient depuis sa fondation des liens complexes avec la matière sociale dont elle tente de mettre à jour les mécanismes discursifs par lesquels elle prend corps : discours spécialisés et discours ordinaires. Cet acte révélateur de discours préexistants, sous-jacents (les formations discursives, les préconstruits, les interdiscours), qui constituent du sens, voire du « sans-sens » (E. Orlandi) et de l’idéologie, a une nature inévitablement politique. Mais dans le même temps, elle tient cette matière à distance pour que les différents intérêts du chercheur qui se rencontrent dans la subjectivité de ses rôles de sujet puissent satisfaire les exigences d’objectivité de la recherche.

2En invitant les chercheurs du domaine à se pencher sur cette question, ce volume, issu d’un colloque qui s’est déroulé en 2008 à l’université Sorbonne Nouvelle — Paris 3, met au jour la double performativité à laquelle leur entreprise les condamne : en tant que pratique scientifique qui provoque des retombées sur les domaines sociaux d’où les corpus sont extraits ; en tant que pratique relative à l’activité sociale de la recherche. En près de 500 pages et 3 parties (Balisages théoriques et méthodologiques ; Champs d’intervention et outillages ; Discours et idéologie), 39 contributeurs, principalement européens et latino-américains, présentent un panorama interdisciplinaire exigeant des travaux actuels en analyse du discours. Un index des auteurs sur 8 pages montre autant la diversité théorique d’enrichissement conceptuel que l’étendue des emprunts nécessaires à l’outillage d’une discipline élargissant ses objets sous l’effet de la demande sociale, qu’il rappelle de nombreux travaux constitutifs du domaine, dus à des auteurs absents. Ce faisant, il constitue une référence pour les chercheurs débutants et confirmés en sciences du langage, en sciences de l’information, en sociologie, en ethnologie.

Patrick Chardenet, L’analyse du discours dans la société. Engagement du chercheur et demande sociale
Le français à l’université , 18-03 | 2013
Mise en ligne le: 24 septembre 2013 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=1632)

L´identité : une question de langue ?

Être huron, inuit, francophone, vietnamien… Propos sur la langue et sur l´identité

Renaud, Jean, (2008), L’identité : une question de langue ? Actes du colloque de Caen (2006), Presses universitaires de Caen, Caen, 2008, 186 pages. / Dorais, Louis-Jacques, (2010), Être huron, inuit, francophone, vietnamien… Propos sur la langue et sur l’identité, Collection « Carrefours anthropologiques », Éditions Liber, Montréal, 299 pages.

Voilà deux ouvrages dans une même note, à lire et à consulter l’un après l’autre. La question des rapports entre l’identité et la langue est généralement considérée soit comme allant de soi, sans que l’on cherche de façon construite et raisonnée ce qui, dans les formes de la langue ou dans l’expression de la parole, pourrait être relevé comme marques de tel ou tel composant de telle ou telle identité, soit d’un point de vue critique comme une forme idéologique qui attribue une essence particulière à chaque langue, avec les risques politiques que cela comporte. D’un côté, une langue surchargée, de l’autre, une langue sans qualité.

Le mérite de l’ouvrage édité par Jean Renaud, et qui rapporte les actes du colloque tenu à l’Université de Caen en 2006, est de montrer l’amplitude des approches possibles de la question de la langue comme support identitaire (linguistiques, littéraires, culturelles, politiques), dans un rapport qui oppose souvent la double articulation dominé/dominant, norme/variation. Le support ne serait donc pas l’identité elle-même, ce qui interroge la notion d’identité linguistique. Centré sur l’Europe du Nord, cet ouvrage dont le fil sémiotique est constitué d’études sur des corpus très différents (conversations, textes divers, production littéraire, revendications politiques, événements, réseaux de distribution…) apporte un éclairage éclaté, comme se construit également celui de Louis-Jacques Dorais, qui nous impose une lecture avec des retours. Peut-on être par la langue ? C’est à cette question que cherche à répondre l’auteur, dans une démarche anthropologique qui met en évidence le fait que la langue tend à jouer ce rôle dans des circonstances qui la placent en position de catalyseur, en particulier dans les communautés minoritaires observées au Canada et en Europe du Nord. Prenant davantage en compte les processus que les états, l’ouvrage montre comment la résilience qui contribue à y ériger la langue comme rempart, au risque de la réifier, peut aussi voisiner avec des formes d’intégration créative qui constituent un ensemble où chacun s’adapte, le groupe restant lui-même dans l’image qu’il produit de l’intérieur ou dans celle que l’observateur externe construit.

Patrick Chardenet, L’identité : une question de langue ? et Être huron, inuit, francophone, vietnamien… Propos sur la langue et sur l’identité
Le français à l’université , 16-03 | 2011
Mise en ligne le: 07 octobre 2011 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=428)

 

Regards critiques sur la notion d’ »interculturalité ». Pour une didactique de la pluralité linguistique et culturelle

2010, Philippe Blanchet et Daniel Coste (dir.)
ISBN : 978-2-296-12600-8, 190 pages
L’Harmattan
5-7, rue de l’École polytechnique
75005 Paris (France)
Tél. : + 33 (0)1 40 46 79 20
harmattan1@wanadoo.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
www.editions-harmattan.fr
www.editions-harmattan.fr

Il est stimulant d’entendre dire que les choses ne vont jamais de soi lorsque s’installe dans un savoir partagé une idée aux allures de concept qui, en se répandant dans les discours sociaux, affecte par capillarité les discours spécialisés. Il en va de la notion d’« interculturalité » comme d’autres concepts qui circulent trop et trop vite. On se demande ici avec justesse si, finalement, cela n’est pas dû à l’impasse faite à l’origine sur le concept de culture, qu’il aurait fallu déconstruire puis reconstruire, et à l’abstraction figée vers laquelle renvoie la notion d’interculturalité par rapport à celle d’interculturation (qui désigne un processus interactionnel). Produits à la suite de l’atelier « Regards critiques sur la question interculturelle » du colloque international « Langue(s) et Insertion (discriminations, normes, apprentissages, identités) » organisé à l’Université Rennes 2 par le PREFics (EA 3207), le GIS « Pluralités Linguistiques et Culturelles » et le Réseau Francophone de Sociolinguistique du 16 au 18 juin 2009, les huit articles et l’introduction (de Daniel Coste et Philippe Blanchet) interrogent la notion d’interculturalité sous plusieurs angles : la redéfinition du concept de culture, par Albin Wagener ; la dialogicité de la culture comme artefact pédagogique, par Damien Le Gal ; la contextualisation dans l’enseignement du français en Algérie, par Malika Kebbas, et dans les cours de francisation au Québec, par Anne-Sophie Calinon ; les tensions didactiques produites par les malentendus interculturels en ce qui touche le plan d’apprentissage, par Nathalie Auger et Christina Romain ; l’agir professionnel du côté du plan d’enseignement, par Michèle Levacic-Burkhardt, et au regard de l’herméneutique, par Didier de Robillard et Marc Debono.

La plupart des concepts évoqués ici convergent vers l’interprétation dynamique de la signification appelée par de Robillard et Debono sous la forme d’une herméneutique non pas de l’objet interculturalité constitué de signes, mais de l’agir interculturation constitué d’actes et de discours. C’est ce que Blanchet et Coste traduisent sur le plan didactique, dans leur introduction, par une intégration de la compétence interculturelle que construit l’apprenant comme acteur au sein d’ensembles sociaux complexes, suivant l’approche actionnelle qui apparaît sous la forme d’une notion émergente : l’alterculturation. Un petit livre qui donne l’envie d’un gros ouvrage.

Patrick Chardenet, Regards critiques sur la notion d’« interculturalité ». Pour une didactique de la pluralité linguistique et culturelle
Le français à l’université , 16-01 | 2011
Mise en ligne le: 31 janvier 2012 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=259)

Hybrides linguistiques. Genèses, statuts, fonctionnement

2010, sous la direction de Henri Boyer
ISBN : 978-2-296-11196-7, 258 pages
L’Harmattan
5-7, rue de l’École polytechnique
75005 Paris (France)
Tél. : + 33 (0)1 40 46 79 20
harmattan1@wanadoo.fr

diffusion.harmattan@wanadoo.fr

Commande en ligne : www.editions-harmattan.fr

Dans cet ouvrage, qui arrive à point au moment où de nombreux facteurs d’accélération du contact des langues (pôles et flux migratoires, communication électronique dans le cybermonde) créent des conditions d’émergence de pratiques innovantes dans un entre-les-langues, Henri Boyer a rassemblé les contributions de six chercheurs afin d’interroger les processus de genèse, les modalités de fonctionnement et les statuts de ce qu’il appelle les « parlures hybrides ». Ici, on pose d’emblée la question de la catégorisation sociolinguistique des termes « interlecte », « inter-langues », « interlangue », « entrelangues ». Les désignations spanglish, camfranglais, castrapo, chiac, francitan, jopara et Hiberno-English révèlent d’une certaine façon l’étirement catégoriel entre un pôle vernaculaire (aux représentations conflictuelles négatives vs positives, mélange vs pureté) et un pôle identitaire (aux représentations conflictuelles différence vs unité). L’entrée démolinguistique, quant à elle, apporte des critères de durabilité, de stabilité-instabilité, d’emploi massif vs réduit, qui permettent d’aborder la catégorie du point de vue diachronique. Par ailleurs, les usages sociaux variés (supports oraux ou écrits, modalités d’emprunts lexicaux ou de productivité lexicale, calques lexicaux et syntaxiques, alternances textuelles et/ou intraphrastiques) contribuent à constituer des espaces d’interlocution où interagissent des locuteurs aux compétences variables : monolingues de langue a, bilingues déséquilibrés, bilingues équilibrés, bilingues transitionnels, monolingues de langue b (Sarrazin, p. 139). Outre leur catégorisation par leur désignation, leurs formes et leurs locuteurs, ces hybrides doivent aussi être considérés sous l’angle de leur réception sociale et politique, qui leur confère un statut.

Patrick Chardenet, Hybrides linguistiques. Genèses, statuts, fonctionnements
Le français à l’université , 15-03 | 2010
Mise en ligne le: 22 novembre 2011 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=482)

Produire et reproduire la francophonie en la nommant

2010, Nathalie Bélanger, Nicolas Garant, Phyllis Dalley et Tina Desabrais
ISBN : 978-2-89423-242-2, 366 pages
Collection Agora
Éditions Prise de parole
109, rue Elm, bureau 205
Sudbury, Ontario
P3C 1T4
Tél. : +1 705 675-6491
Fax : +1 705 673-1817
http://www.livres-disques.ca/prise_parole/home/

L’acte de nommer relève d’une dynamique entre langue et discours. Dire « ceci n’est pas une pipe » implique de savoir ce qu’est une pipe. Dire « c’est de l’art » ne définit l’art que par la légitimité qu’on accorde à l’auteur de cette déclaration. Il en va de même pour le sujet francophone et la francophonie : le discours est un acteur qui trouve ses origines dans le monde qui le précède, monde dont un précédent discours a déjà parlé. Dans l’ouvrage qui nous occupe ici, 19 chercheurs canadiens interrogent moins la définition de la francophonie, que l’émergence et la circulation de cette notion dans différents contextes sociaux.

Produire et reproduire la francophonie en la nommant montre comment, dans différents contextes canadiens, le discours et son institutionnalisation organisationnelle produisent des ensembles de signes qui tracent des périmètres dans lesquels se reconnaît la francophonie. On traite ici des aspects du discours liés à l’analyse, à la sociologie, à la sociolinguistique, à l’ethnologie et à la philosophie pour mettre en évidence que la francophonie n’est pas une donnée, mais un construit (ou une « interrogation sur les mots et les catégories », selon P. Dalley, N. Bélanger et T. Desabrais, p. 356). Au fond, la francophonie n’est explicable que par l’articulation des discours qui l’ont engendrée et qu’elle engendre. On s’interrogera notamment sur la place accordée au seul article qui ne concerne pas le contexte canadien, « Vivre la francophonie en Corse : reproduction et transformation(s) dans un contexte d’élaboration d’une langue minorisée » (A. Jaffre, p. 125-147), qui est ancré dans un contexte méditerranéen et européen. En corollaire, on se posera aussi des questions sur la cohérence d’un ensemble qui s’appuie sur la variété et les identités plurielles, mais dont le corpus se limite au Canada (sauf l’exception corse) tout en puisant une part importante de ses références dans la variété de l’archipel francophone (G. Parker, p. 35-62), principalement en France. Tout se passe comme si la francophonie ne pouvait s’appréhender sans l’ensemble de ses discours, quelle que soit la composante contextuelle et territoriale considérée ; comme si elle ne pouvait se départir de ses liens et de ses relations, c’est-à-dire des rapports du sujet francophone avec les objets qui constituent le monde interne et externe dans et avec lequel il vit. Au fond, est francophone celui qui se dit francophone ou qui est désigné comme tel par la francophonie.

Patrick Chardenet, Produire et reproduire la francophonie en la nommant
Le français à l’université , 15-03 | 2010
Mise en ligne le: 22 novembre 2011 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=510)

 

Main basse sur la langue. Idéologie et interventionnisme linguistique au Québec

2010, Lionel Meney
ISBN : 978-2-89578-198-1, 510 pages
Éditions Liber
2318, rue Bélanger, Montréal, Qc
H2G 1C8, Canada
Tél. : + 1 514-522-3227
Fax : + 1 514-522-2007
info@editionsliber.org

www.editionsliber.org

Outre la critique approfondie des travaux de recherche, des positions théoriques endogénistes et des produits d’équipement de la langue marqués par la quête d’une norme québécoise de la langue française, cet ouvrage s’interroge indirectement sur l’interventionnisme linguistique. Sur quels fondements élaborer et mettre en œuvre les politiques linguistiques ? Certaines sont-elles plus acceptables, plus pragmatiques que d’autres ? Certaines sont-elles plus idéologiques ? Le choix de la diversité culturelle et linguistique est-il plus ou moins pragmatique que celui du monolinguisme ? Plus ou moins idéologique ? C’est en fait la relation idéologie versus pragmatisme comme moteur qu’on interroge ici.

Le travail de Lionel Meney vise une complétude des approches entre données synchroniques et diachroniques. Ces approches sont très documentées et très précises sur le plan sociolinguistique, malgré l’ampleur de la tâche et le défi éditorial d’en rendre compte de façon lisible. Il s’agit d’un positionnement en faveur d’une reconnaissance d’une norme internationale pour le français. Par les éléments constitutifs du poids du français (nombre de locuteurs natifs, nombre de locuteurs plurilingues, potentiel économique des espaces francophones, puissance de la recherche publiée en français) et par les rapports entre le français et les éléments constitutifs du poids des autres langues, on détermine ici les conditions de l’avenir global (à l’échelle internationale) et local (au Québec) de la langue française. Il reste que, dans la galaxie des langues, toujours plus en contact les unes avec les autres, le français parlé et écrit au Québec participe, par ses usages quantitatifs (nombre) et qualitatifs (formes) ainsi que par ses contenus (domaines d’expression), au statut du français parmi les langues du monde. Par ses usages variés, il exerce une influence et est influencé en retour.

Patrick Chardenet, Main basse sur la langue. Idéologie et interventionnisme linguistique au Québec
Le français à l’université , 15-02 | 2010
Mise en ligne le: 02 décembre 2011 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=626)

Traversées francophones

2010, sous la direction de Katia Malausséna et de Gérard Sznicer
ISBN : 2-940031-48-7, 256 pages
Éditions Suzanne Hurter
Route de Florissant 54
CH-1206 Genève
Tél. : + 41 (0)22 704 35 20
Fax : + 41 (0)22 704 35 21
info@editions-hurter.ch

www.editions-hurter.ch

Avec l’entrée dans le cybermonde, prédisent certains, la propriété sera moins objet de convoitise que l’accès. Peut-être que les supports de lecture électronique qui évoluent rapidement en qualité, en souplesse et en capacité remplaceront un jour nos bibliothèques de papier imprimé. Ce jour-là, peut-être regretterons-nous les émotions sensorielles que nous éprouvions en prenant un livre, un « beau livre » comme celui-ci, difficilement saisissable autrement que par sa manipulation avant d’entrer dans la lecture proprement dite au détour d’une page marquée par l’empan : un titre de chapitre, un nom d’auteur, une illustration. Sous la direction de Katia Malausséna et de Gérard Sznicer, 29 personnalités (acteurs de la francophonie, hommes politiques, administrateurs, chercheurs, enseignants) expriment en quatre chapitres (Géopolitique(s) ; H/histoire(s) ; Langue(s) ; Littérature(s)), dans un environnement éditorial de reproductions d’œuvres de grande qualité (crédits pour une trentaine d’artistes), des positions, des analyses, des sentiments ou simplement des tranches d’histoire dans l’Histoire, autour d’une langue, qui comme toutes les langues, n’existe que parce que des être humains la parlent et en parlent.

Patrick Chardenet, Traversées francophones
Le français à l’université , 15-03 | 2010
Mise en ligne le: 22 novembre 2011 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=517)

Immigration, École et didactique du français

Sous la direction de Jean-Louis Chiss
ISBN : 978-2-278-06270-6
Les Éditions Didier, 303 pages
13, rue de l’Odéon
75006 Paris (France)
Tél. : + 33 (0)1 44 41 31 31
Fax : + 33 (0)1 44 41 31 48

www.didierfle.com

La question des langues et de leur didactique est étroitement liée aux rôles qu’elles jouent dans les sociétés. L’accroissement extraordinaire des flux de population (en 1965, il y avait 45 millions de personnes qui vivaient en dehors de leur pays de naissance ; en 2002, 150 millions ; en 2006, 180 millions, dont plus 20 millions de réfugiés) représente un enjeu pour les systèmes éducatifs des pays d’accueil. Il est nécessaire d’intégrer la variable langue dans l’éducation ; c’est un facteur essentiel à la préparation d’un citoyen dont l’horizon, imposé ou recherché, est un monde aux contextes sociolinguistiques nombreux. L’école, comme l’ensemble de la société, est un site de contact pour les langues. Elle devrait être un lieu de découverte et de rencontre, mais elle reste très souvent le théâtre de leur simple manifestation académique disciplinaire officielle, où le contact conduit fréquemment à l’échec. Fatima Davin-Chnane analyse l’écart entre les orientations officielles et les dispositifs didactiques sur le terrain ; Valérie Spaëth interroge le français comme langue de scolarisation, ainsi que l’appropriation des compétences dans les disciplines non linguistiques ; Laurence Le Ferrec traite de l’entrée dans la culture scolaire, en se fondant sur le concept de littératie ; Corinne Weber montre qu’une meilleure connaissance des modes de communication permet de mieux appréhender les relations entre la norme et les variations de l’oral ; Nathalie Auger aborde le rôle puissant des représentations culturelles et interculturelles dans l’émergence de malentendus et dans la résolution de conflits ; enfin, Véronique Castellotti fait un point synthétique sur la mise en place de parcours plurilingues et pluriculturels destinés à construire une insertion linguistique, scolaire et finalement sociale, clé de voûte d’une intégration ouverte. Cet ouvrage dense, rempli de concepts éclairés et assorti d’une bibliographie étendue, apportera à l’enseignant des pistes de réflexion quant à ses pratiques et aux contextes dans lesquels il travaille, et procurera au futur enseignant des données très utiles à sa formation.

Patrick Chardenet, Immigration, école et didactique du français
Le français à l’université , 14-03 | 2009
Mise en ligne le: 24 janvier 2012 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=770)

Aux racines du Proche-Orient ou Manarades

2003, Manar Hammad
ISBN : 2-7053-3742-3, 337 pages
Librairie orientaliste Paul Geuthner
12, rue Vavin
75006 Paris (France)
Tél. : + 33 (0)1 46 34 71 30
Fax : + 33 (0)1 43 29 75 64 geuthner@geuthner.com
www.geuthner.com

Certains types d’écrits sont à la marge des genres (le scénario pour la littérature, l’essai pour le discours scientifique). Parfois, ils sont inclassables ; parfois, ils forment une classe à part entière. E. Landowski a bien raison de rappeler, dans la préface de cet ouvrage, les Mythologies de Roland Barthes. Il aurait aussi bien pu citer Umberto Eco et sa Guerre du faux (entre autres œuvres). Ces livres, comme celui-ci, fourmillent d’érudition convoquée à bon escient, d’intelligence et de finesse d’analyse. Un corpus d’échanges dans un forum entre deux cultures, l’arabe (surtout levantine) et la française, fournit à Manar Hammad un objet d’investigation sémiotique. Suivant une organisation textuelle originale, « la quête du sujet » revient entre les chapitres, qui sont destinés à arpenter les signes dans les espaces physique, religieux, social. Le prétexte d’un objet du quotidien ou artistique, d’une situation sociale, d’une expression, nous plonge dans les cultures, les langues. Il se construit ainsi un espace et une histoire par le truchement du souvenir d’un parcours individuel, de rencontres, d’événements. Je n’ose pas dire qu’il s’agit d’un livre de chevet ; c’est plutôt un livre d’éveil, de retour, une de ces œuvres qui durent, vers lesquelles on revient. Outre cet usage de référence, on pourra conseiller l’ouvrage comme soutien à des études sur l’interculturel.

Patrick Chardenet, Aux racines du Proche-Orient ou Manarades
Le français à l’université , 14-02 | 2009
Mise en ligne le: 26 janvier 2012 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=811)

 

Évaluer les compétences langagières et interculturelles dans l’enseignement supérieur

2007, Fred Dervin et Eija Suomela-Salmi (éditeurs)
ISSN 1456-9957
ISBN 978-951-29-3241-2
Publication no 10 du Département d’études françaises, Université de Turku (Finlande), 130 pages
Faculty of Humanities
FI-20014 Turun yliopisto (Finlande)
Tél. : +358 (0) 2 333 51
Fax : +358 (0) 2 333 65 60
freder@utu.fi, eisusa@utu.fi, tykk@utu.fi

www.hum.utu.fi/ranskakk/fran.htm

users.utu.fi/freder/NOUVEAU.htm

Ce petit ouvrage aborde la question de l’évaluation des compétences langagières et interculturelles dans l’enseignement-apprentissage des langues à l’université. Il s’intéresse à des problématiques aussi complexes et essentielles que la multidimensionnalité de l’écrit, l’évaluation des compétences interculturelles et les perceptions des apprentis experts que sont les étudiants de langue.

On ne peut que partager la motivation qui fonde le travail de Fred Dervin, d’Eija Suomela-Salmi et de Milla Luodonpää. À une époque où l’enseignement supérieur est touché par diverses réformes et où l’enseignant est plus que jamais influencé par de multiples pratiques didactiques, il semble plus que nécessaire d’accorder une place centrale à l’évaluation dans les réflexions didactiques accompagnant l’enseignement-apprentissage des langues étrangères. De fait, l’évaluation n’est certes pas délaissée, mais il apparaît qu’elle n’a guère profité de cette nouvelle ère pour se remodeler en profondeur.

L’ouvrage propose d’abord ce qui est présenté comme un cadre théorique passant en revue les définitions des termes associés à l’évaluation, les paramètres d’une évaluation réussie et, enfin, les différents types d’évaluation. Très synthétique et utile, ce panorama, qui est adapté au contexte européen, n’aborde cependant pas l’une des faiblesses du domaine : l’absence d’une théorie fondamentale de l’évaluation. Cette lacune laisse davantage le champ aux propositions techniques qu’à l’entendement de l’activité évaluative en tant que comportement humain et qu’à la compréhension de son application sociale en tant qu’acte d’évaluation. Le deuxième chapitre laisse la parole à des « évaluataires », étudiants en études françaises à l’Université de Turku (Finlande), qui s’expriment sur les pratiques d’évaluation auxquelles ils se sont soumis (autoévaluation, coévaluation par des pairs). Dans le troisième et dernier chapitre du livre, les auteurs abordent la problématique des compétences interculturelles. Dans un ouvrage précédemment recensé, Paolo Balboni (2006) propose une modélisation de la compétence communicative interculturelle ; ici, on trouve plutôt quelques principes et pistes de travail favorisant l’intégration et l’évaluation de ces compétences non transparentes dans l’enseignement supérieur, sur fond de prise de conscience interlinguistique et interculturelle.

Patrick Chardenet, Évaluer les compétences langagières et interculturelles dans l’enseignement supérieur
Le français à l’université , 13-02 | 2008
Mise en ligne le: 15 mars 2012 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=1060)

 

De “Un Niveau-Seuil” au “Cadre européen commun de référence pour les langues”

FONDEMENTS LINGUISTIQUES ET PSYCHOLOGIQUES, APPROCHES MÉTHODOLOGIQUES ET TENDANCES ACTUELLES DANS L’ENSEIGNEMENT ET L’APPRENTISSAGE DU FRANÇAIS LANGUE ÉTRANGÈRE

2006, Javier Suso López

ISBN 84-338-3980-2
ISBN 84-490-2477-3
459 pages

EDITORIAL UNIVERSIDAD DE GRANADA
Antiguo Colegio Máximo
Campus Universitario de Cartuja
18071 – Granada
Tél. : + 34 958 246 220
Fax : + 34 958 243 931
pedidos@editorialugr.com
www.editorialugr.com

SERVEI DE PUBLICACIONS DE LA UNIVERSITAT AUTÒNOMA DE BARCELONA
Tél. : + 34 93 581 10 22
Fax : + 34 93 581 32 39
sp@uab.es

http://publicacions.uab.es

Quelle somme ! Voici l’exposé, dans un langage clair, d’une démarche scientifique d’analyse de ce qui constitue la didactique du français langue étrangère depuis les années du renouvellement méthodologique (1971-1980) jusqu’à celles de la dimension européenne comme cadre (1990-2005). L’auteur aborde les courants et leurs fondements épistémologiques, les approches et leurs perspectives (communicative dans un contexte monolingue, puis actionnelle dans un contexte où apparaît le plurilinguisme), sur des plans à la fois linguistiques et psychologiques. Le tout se situe au croisement des sciences du langage et des sciences de l’éducation. Outre la référence qu’il représente pour les chercheurs, avec ses synthèses précises qui renvoient à des sources nombreuses, cet ouvrage est à mettre entre les mains de tous les étudiants en didactique du français et des langues étrangères. On doit saluer ici l’initiative des éditeurs universitaires de Grenade et de Barcelone, qui ont publié l’ouvrage en français. C’est une démarche simple et efficace, adaptée au marché concerné, mais aussi audacieuse, exemplaire d’une politique linguistique éditoriale ouverte sur la diffusion d’un savoir clé pour tous les enseignants de langue étrangère. Cela nous conduit à souhaiter qu’une version en espagnol permette l’élargissement de la portée de l’œuvre.

/ PATRICK CHARDENET

Les discours de la presse quotidienne

2007, Sophie Moirand ISBN : 978-2-13-055923-
8 Presses Universitaires de France, 179 pages 6,
avenue Reille 75685 Paris Cedex 14 (France)
Tél. : + 33 (0)1 58 10 31 00
Fax : + 33 (0)1 58 10 31 82
www.puf.com

La presse ordinaire se lasse vite des incertitudes de la science et tend souvent à gommer les données permettant d’identifier les textes-sources garants des savoirs, ce qui pose problème lorsque ceux-ci ne sont pas stabilisés ou restent incertains voire controversés. Dans le même temps, elle tisse une trame dans les discours sociaux, où les mots se chargent de la mémoire cumulée par le sens acquis lors de moments discursifs antérieurs. Entre les deux tendances, le vouloir dire du scripteur qui s’inscrit dans un dialogisme de formulations déjà énoncées, et la mémoire des dires dont le lecteur est chargé, s’élabore cette ronde des dires du discours quotidien de la presse. S. Moirand, signe ici l’ouvrage attendu qui condense cinq années de travail d’analyse, et rappelle la rigueur de son approche, dans un chapitre premier, central à l’ouvrage, montrant que la méthodologie de la recherche est elle-même constitutive de ses résultats. La question de l’événement y est traitée à la fois du point de vue du recueil des données, et de celui de son expression à travers la notion de « mot-événement » (la grippe aviaire, la vache folle, après le 11 septembre, depuis le 11 septembre) qui finit par devenir le nom de l’événement. Abordée par plusieurs disciplines, la nature factuelle et discursive de l’objet “événement”, avait déjà été mise en évidence (voir Civil, P., Boillet, D., 2005, L’Actualité et sa mise en écriture aux XVe-XVIe et XVIIe siècles, Presses de la Sorbonne Nouvelle), mais S. Moirand s’appuie sur l’organisation de ces mots dans le texte, dont les traces rendent compte de la construction de l’événement discursif, pour apporter à l’analyse du discours, un outil conceptuel opératoire.

/ PATRICK CHARDENET (http://www.bulletin.auf.org/IMG/pdf_pdf_Journal-AUF-12-2-1.pdf)

SMS pour la science

Base de données de 30 000 SMS et logiciels de consultation », CD-Rom
Presses universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve.
Cahiers du Cental, 3.2
Presses universitaires de Louvain, 2006
ISBN : 2-87463-028-4
Diffusion universitaire CIACO (DUC)
Grand Place 7
1348 Louvain-la-Neuve (Belgique)
Tél. : + 32 10 47 33 78 ou 45 73 50
duc@ciaco.com

Commande en ligne : www.uclouvain.be/pul.html
fairon@tedm.ucl.ac.be

Pour la première fois, une étude scientifique propose un point de vue global sur ce que l’on peut appeler le langage SMS. Refusant de se fier aux intuitions ou aux impressions, les auteurs de cette analyse linguistique basée sur un corpus de données authentiques, bousculent les idées reçues. La brièveté des messages est-elle une règle ? Tout le monde utilise t il les mêmes abréviations ? Ces jeux de langue sont-ils nouveaux ? Est-ce un langage de jeunes ? Est-ce la ruine de l’orthographe française ? Le projet « Faites don de vos SMS à la science » a permis de rassembler des SMS dans une base de données qui constitue aujourd’hui la plus vaste source d’information accessible pour la recherche. Cette base compte 30 000 SMS rassemblés en Belgique francophone sous l’égide de deux centres de recherche de l’Université catholique de Louvain : le Centre de traitement automatique du langage (http://cental.fltr. ucl.ac.be/), et le Centre d’études sur les lexiques romans (http://celexrom.fltr.ucl. ac.be/). Ce travail entraîne le lecteur dans les coulisses de ce projet avant de lui faire découvrir les trésors de créativité linguistique dont font preuve les usagers du SMS. Un point de départ intéressant, sur des questions de dynamique dont les réponses intéressent autant l’industrie des langues, que la didactique.

/ PATRICK CHARDENET

Loi de Babel et autres régularités entre langue et politique

2006, Jean Laponce
ISBN 2-7637-8410-0
Presses Universitaires de Laval, 194 pages
Pavillon Maurice-Pollack, bureau 3103
Université Laval
Québec (Québec) G1K 7P4
Canada
Tél. : + 1 (418) 656-2131
Fax : + 1 (418) 656-3305
luci.belanger@pul.ulaval.ca

Commande en ligne : www.pulaval.com

Voici un ouvrage très utile à la réflexion sur les rapports de communication, de compétition, de coopération entre les langues et bien entendu sur les conditions de leurs aménagements. J. Laponce montre comment un changement radical s’opère à partir des années 1950, où la dynamique jusqu’alors croissante du nombre de langues dans le monde, s’est inversée. Cette nouvelle donne impose d’accroître nos connaissances sur les conséquences du plurilinguisme, comparées à celles du monolinguisme, dans le développement des sociétés dont les systèmes de diffusion des langues, en particulier, l’enseignement, reposent encore sur des modèles éducatifs mis en place dans la période précédente. À partir d’une analyse de science politique et de métaphores définissant des lois de dynamique des langues, l’auteur défend une thèse protectionniste de renforcement des arcs-boutants des langues (école, famille, gouvernement) dans des territoires où ces rapports peuvent être gérés. Les exemples cités en faveur de cette approche, montrent leur efficacité mais les liens langues-territoires qui ont contribué à l’édification des nations, sont autant d’arguments posés en faveur de la défense de droits culturels et linguistiques menacés, que pour la conquête de pouvoirs ou d’hégémonies. Ainsi, la notion de territoire pose un problème au sociolinguiste qui appréhende différemment les rapports entre les langues à travers la variabilité des espaces d’interlocution, et à l’anthropologue qui analyse la dynamique de l’interculturation. Dialogue nécessaire dans les débats actuels sur les problèmes linguistiques que suscitent à la fois la mondialisation et les grands mouvements d’intégration régionale (Union européenne (UE) ; Organisation des États américains (OEA) ; Accord de Libre-Échange de l’Amérique du Nord (ALENA) ; Mercado Comum do Sul (Mercosul) ; Association des États de la Caraïbe ; Association of Southeast Asian Nations (ASEAN) ; Union africaine (UA)…) qui constituent d’autres dimensions territoriales.

/ Patrick CHARDENET (http://www.bulletin.auf.org/IMG/pdf_Journal-AUF_12-1-2.pdf)

Le français au Levant, jadis et naguère. À la recherche d’une langue perdue

2006, Cyril Aslanov
ISBN 2-7453-1217-0
Honoré Champion, 264 pages
3, rue Corneille
75006 Paris (France)
Tél. : + 33 (0)1 46 34 02 29
Fax : + 33 (0)1 46 34 64 06
champion@honorechampion.com

www.honorechampion.com

Sur les vestiges de la francophonie des croisés – elle-même fondée sur l’introduction de l’ancien français d’Oïl dès la fin du XIe siècle, sur des substrats localisés (occitan à Tripoli, normand à Antioche) et sous la pression de dialectes romans – s’est érigée une langue levantine, dans un processus souvent interrompu mais toujours repris, influencé par les langues de la région. Novatrice (incorporant de l’occitan avant même que les Occitans ne deviennent francophones et influencent le français), cette langue a constitué un superstrat culturel étendu. Telle est la thèse défendue par Cyril Aslanov dans cet ouvrage, où il convoque la philologie, la sociolinguistique de terrain et la linguistique comparée avec une grande habileté, qui lui permet d’éviter les pièges tendus par les sources littéraires et juridiques nombreuses mais retravaillées. La conscience qu’ont les locuteurs de leur différence linguistique (français d’Égypte et du Liban), ainsi que l’alternance codique entre le français standard et le français du Levant chez un même locuteur dans des situations sociales exigeant l’un ou l’autre constituent des bases de l’hypothèse d’une unité linguistique franco-levantine entre Istanbul, Beyrouth, Damas, Jérusalem, Le Caire et Alexandrie. Paradoxalement, cette langue, dont le corpus actuel s’est considérablement affaibli au cours du XXe siècle, ne sert pas de ressource pour le développement de l’enseignement du français langue étrangère dans la région. Le clivage entre les stocks lexicaux, la phonétique du français standard et ceux du français du Levant constituent autant de problèmes entre parlure locale et parlure internationale, qu’il peut en exister à Bamako ou Montréal.

Patrick Chardenet, Le français au Levant, jadis et naguère. À la recherche d’une langue perdue
Le français à l’université , 13-03 | 2008
Mise en ligne le: 09 février 2012 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=948)

Les langues de France au XXIe siècle : vitalité sociolinguistique et dynamiques culturelles

2007, sous la direction de Carmen Alén Garabato et d’Henri Boyer
ISBN 978-2-296-03767-0
L’Harmattan, 304 pages
5-7, rue de l’École Polytechnique
75007 Paris (France)
Tél. : + 33 (0)1 40 46 79 20
harmattan1@wanaddo.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

Commande en ligne :
www.editions-harmattan.fr/index.asp

Le nombre des langues de France autres que le français a été officiellement arrêté à 75 en 1999, par Bernard Cerquiglini, dans un rapport aux ministres de l’Éducation et de la Culture et de la Communication. Qu’elles soient territorialisées, comme les langues « régionales » de la métropole et comme celles des DOM-TOM, ou non-territorialisées, comme celles des populations migrantes, installées ou en transit, et comme celles mises en ligne, ces langues font l’objet d’un vaste projet de recherche collectif sur l’Histoire Sociale des Langues de France. Cet ouvrage, qui en représente une étape, est le résultat d’une première rencontre tenue à l’Université Paul-Valéry de Montpellier les 8 et 9 décembre 2006. Il s’intéresse aux expressions culturelles de divers types qui utilisent des langues minoritaires de France. Celles-ci sont évidemment en situation de contact, d’abord avec le français, mais également avec d’autres langues et/ou dialectes, selon des modalités (alternance, mélange, etc.) et des proportions variables. Les 17 articles de l’ouvrage témoignent de cette variabilité sous forme d’alternances, de mélanges, de chocs plurilingues, de représentations de parlures, voire d’évitements et d’étirements entre les supports. On y traite de publications imprimées et électroniques en langue d’oc ; de l’amazigh sur le Web ; de l’écart entre la dynamique illocutoire et le conservatisme des expressions culturelles en francoprovençal ou dans les pastorales en Gascogne ; des liens entre les langues, les musiques, les chants et le théâtre en Provence, au Pays basque, en Bretagne ; de l’expression littéraire corse, forte de ses réalités ; de la presse en langue régionale ; de la création dans les langues minoritaires ; et du poitevin-saintongeais à la radio.

Patrick Chardenet, Les langues de France au XXIe siècle : vitalité sociolinguistique et dynamiques culturelles
Le français à l’université , 13-02 | 2008
Mise en ligne le: 16 mars 2012 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=1097)

De la pédagogie convergente à la didactique intégrée : langues africaines-langue française

2007, Bruno Maurer
ISBN 978-2-296-04187-5
Collection « Langues et développement »
Organisation internationale de la francophonie : Institut de la francophonie
Éditions L’Harmattan, 222 pages
5-7, rue de l’École-Polytechnique
75005 Paris (France)
Tél. : + 33 (0)1 40 46 79 20
harmattan1@wanadoo.fr

diffusion.harmattan@wanadoo.fr

Commande en ligne : www.librairieharmattan.com

Voilà un ouvrage qui constitue une prise de position critique et constructive sur une démarche didactique qui a cependant permis, en 20 années d’application au Mali, d’ouvrir une brèche dans l’appréciation négative des relations entre les langues africaines et les langues européennes dans les systèmes éducatifs africains.

L’approche de Bruno Maurer est à la fois axée sur l’observation (pratiques, curricula, manuels), sur la discussion des postulats et sur une analyse des discours tenus au nom de la pédagogie convergente. Il met en évidence l’expansion de la pédagogie convergente dans un contexte structurel et idéologique, ainsi que ses apports expérientiels et ses limites, pour proposer un cadre de nouvelles pratiques : une didactique intégrée pour conduire la classe dans des contextes plurilingues, liant les différents systèmes linguistiques en présence, les stratégies d’apprentissage réelles observées et les stratégies d’enseignement requises.

La pédagogie convergente, fondée sur l’hypothèse d’un modèle linguistique générativiste réducteur, devient progressivement victime de son succès politique : ses acteurs sont parfois entraînés malgré eux par la dynamique de l’innovation. La méthode ne peut se penser en se faisant, ni se faire en explicitant la manière dont l’enseignant aidera l’élève à passer de sa langue première à la langue étrangère. La nécessité que les langues de l’espace social finissent par partager l’espace de la communication scolaire y est posée comme principe, mais la manière dont l’apprenant va se servir de ses compétences en langue 1 pour introduire la langue 2 n’a pas véritablement fait l’objet d’observations et d’analyses systématiques, constituant ainsi un vide, un impensé finalement inhibiteur. Par-delà l’ensemble des travaux menés ces dernières années sur l’apprentissage et l’enseignement des langues en contexte plurilingue, cet ouvrage nous invite à réfléchir au risque permanent que fait courir au sens et aux applications le succès d’une notion.

Patrick Chardenet, De la pédagogie convergente à la didactique intégrée : langues africaines-langue française
Le français à l’université , 13-01 | 2008
Mise en ligne le: 26 mars 2012 (http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=1131)

Appropriations du français en contexte multilingue

2005, éditées par Katja Ploog et Blandine Rui., Annales littéraires de l’Université de Franche Comté n° 790, série Linguistique et appropriation des langue n° 3, Presses Universitaires de Franche Comté, ISBN 2-84867-113-0, 311 pages. Diffusion CiD, 131 bd. Saint-Michel, 75005 Paris 

Commande en ligne : http://presses-ufc.univ-fcomte.fr/pages/fr/menu37/dernieres_parutions_3827.html 

Courriel : presses-ufc@univ-fcomte.fr

La complexité des situations linguistiques africaines sert ici de révélateur à des enjeux à l’échelle mondiale, qui touchent autant à l’aménagement linguistique qu’à la didactique de l’enseignement/apprentissage. L’« entre-les-langues » qui est analysé à partir de corpus variés, met en évidence au plan micro, la dynamique linguistique que les approches scolaires de l’enseignement du français, autant que l’organisation curriculaire, voire les rapports administratifs entre les langues fixés par décrets, dissimulent souvent derrière des représentations (celles du bien parler comme celles de la langue utile). La plasticité de la norme dans le processus d’appropriation, nous renvoie à la typologie même de la relation interlinguistique que construisent les locuteurs en situation plurilingue, en Afrique comme autre part dans le monde. On a déjà parlé du « laboratoire créole » comme lieu d’observation de mouvements que l’on mesure mal dans les langues « nationalisées », cet ouvrage nous montre que les situations plurilingues constituent un autre laboratoire. La complexité des situations décrites, montre des variations formelles autant en lexique, qu’en syntaxe ou en discours, qui se rendent actives dans les situations d’appropriation. Suite au colloque tenu en novembre 2003 à l’Université de Franche Comté, les 15 auteurs développent en trois chapitres qui se succèdent logiquement (description des situations, description des formes en mouvement, analyse des situations d’appropriation), des notions qui s’insèrent dans une position épistémologique plus globale où l’enseignement/apprentissage des langues ne peut rester en extériorité avec les pratiques langagières, en Afrique et dans le monde. Ce « laboratoire » pourrait être appliqué, adapté à bien d’autres situations qui contribueraient à leur tour à enrichir ce savoir.

/ Patrick CHARDENET

tos2008 |
La main qui pense ا&... |
éoliennes 07590 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Panneaux solaires
| VOYANCE TAROT LE VRAI RENDE...
| tarotdeshumanistes